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Les blessures fréquentes des sports de combat

Ce que disent les études, les blessures que l'on retrouve dans toutes les salles et les repères de prévention. Un guide documentaire : il ne remplace ni un diagnostic ni un traitement.

Jean Macaire Par Mis à jour le

Les sports de combat consistent, par définition, à frapper, projeter ou contrôler un adversaire. Le risque de blessure ne disparaîtra jamais ; il peut en revanche se réduire nettement, et surtout être mieux géré quand il survient. Ce guide présente les blessures que l'on retrouve le plus souvent, ce qu'en disent les études, et les repères qui aident à les prévenir. Il ne dit jamais comment les soigner : cela appartient aux professionnels de santé.

Guide documentaire

Aucune information de cette page ne permet de poser un diagnostic. En cas de douleur, de gonflement, de déformation, de perte de force ou après tout choc à la tête, consultez un médecin, de préférence en médecine du sport. En cas de perte de connaissance, de vomissements ou de confusion, appelez le 15.

Ce que disent les études sur le MMA

La synthèse la plus citée est la revue systématique et méta-analyse de Reidar Lystad, Kobi Gregory et Juno Wilson, publiée en 2014 dans l'Orthopaedic Journal of Sports Medicine. Elle a réuni les études disponibles sur les blessures en compétition de MMA. Ses résultats dessinent un profil clair :

Blessures en compétition de MMA (Lystad et coll., 2014)
IndicateurRésultat
Région la plus touchéeLa tête, de 66,8 à 78 % des blessures selon les études
Deuxième régionLe poignet et la main, de 6 à 12 %
Type le plus fréquentLes coupures (lacérations), de 36,7 à 59,4 %
Autres typesFractures (7,4 à 43,3 %), commotions (3,8 à 20,4 %)
Facteurs associésLes perdants se blessent environ trois fois plus que les vainqueurs ; les combats terminés par KO ou TKO entraînent plus de deux fois plus de blessures que ceux terminés par soumission

Deux limites sont à garder en tête : ces données concernent la compétition, pas l'entraînement, et les auteurs eux-mêmes soulignent le faible nombre d'études et l'absence de données sur la gravité des blessures. Les blessures d'entraînement, entorses, douleurs d'épaule ou de doigts, sont moins visibles mais pèsent lourd dans une saison.

Les blessures que l'on retrouve partout

BlessureDe quoi s'agit-ilContexte fréquent
Commotion cérébraleTrouble temporaire du fonctionnement du cerveau après un chocCoups à la tête, projections, chocs au sol
CoupuresPlaies de la peau, souvent au visage (arcades)Coups de poing, de coude, frottements
Fracture du boxeurFracture d'un métacarpien, le plus souvent le cinquième, près de l'articulation du petit doigtCoup porté poing mal fermé ou sur une surface dure
Oreille en chou-fleurDéformation du pavillon après un hématome non drainéFrottements et pressions en lutte et en grappling
EntorsesLésion des ligaments d'une articulation (cheville, genou, doigts)Appuis, projections, clés de jambe, saisies
Blessures de l'épauleDouleurs, instabilités, luxationsChutes, clés de bras, frappes répétées
Infections de la peauHerpès, teigne, infections bactériennesContact peau contre peau sur les tapis

La commotion cérébrale, à part

La commotion cérébrale mérite une attention particulière parce qu'elle ne se voit pas toujours. Maux de tête, vertiges, troubles de la vision, sensation de brouillard, troubles de l'humeur ou du sommeil peuvent apparaître sans perte de connaissance. La règle partagée par toutes les instances est simple : en cas de doute, on arrête, et on consulte.

Le dernier consensus international sur la commotion dans le sport, issu de la conférence d'Amsterdam de 2022 et publié en 2023 dans le British Journal of Sports Medicine (Patricios et coll.), décrit un retour au sport en six étapes progressives :

  1. activités du quotidien qui ne déclenchent pas de symptômes ;
  2. exercice aérobie léger, puis modéré ;
  3. exercices propres au sport, sans contact ni risque de choc à la tête ;
  4. exercices plus intenses, toujours sans contact ;
  5. entraînement complet avec contact, après feu vert médical ;
  6. retour à la compétition.

Chaque étape dure au moins 24 heures, et l'ensemble se fait sous la supervision d'un professionnel de santé. Le sparring n'est donc pas une façon de « tester » si l'on va mieux : il arrive à la fin du parcours. Le guide du sparring raisonné explique comment limiter les chocs à la tête au quotidien.

Les mains et les oreilles

La fracture du boxeur rappelle l'intérêt des bandes et de gants adaptés, et d'une technique de frappe travaillée. L'oreille en chou-fleur, souvent vue comme un signe de reconnaissance dans les salles de lutte, est la séquelle d'un hématome du pavillon : une oreille gonflée et douloureuse se montre rapidement à un médecin, plutôt que d'attendre qu'elle se fige.

La peau, blessure collective

Les infections cutanées ont une particularité : elles ne concernent pas que celui qui les porte. Elles se transmettent par contact, d'un partenaire à l'autre. Les recommandations des milieux de la lutte convergent : inspecter sa peau, se doucher juste après l'entraînement, laver sa tenue à chaque séance, nettoyer les tapis et ne pas monter sur le tapis avec une lésion suspecte avant l'avis d'un médecin.

Les grands principes de prévention

  • Un échauffement progressif avant chaque séance, et plus encore avant le sparring.
  • Les protections : protège-dents, coquille, bandes, protège-tibias, gants adaptés à l'exercice, protège-oreilles pour ceux qui luttent beaucoup.
  • Une charge maîtrisée : la fatigue augmente le risque de blessure. Le guide de la récupération propose une méthode simple pour la mesurer.
  • Du renforcement, en particulier du cou, des épaules et des appuis, construit avec un préparateur physique.
  • Un sparring contrôlé, avec des partenaires choisis et des règles claires.
  • L'hygiène, pour soi et pour les partenaires.

Après une blessure : PEACE & LOVE

Longtemps, la prise en charge des petites blessures se résumait à l'acronyme RICE (repos, glace, compression, élévation). En 2019, Blaise Dubois et Jean-François Esculier ont proposé dans le British Journal of Sports Medicine un cadre plus complet pour les lésions des tissus mous, résumé par deux mots :

MomentAcronymeCe qu'il recouvre
Premiers joursPEACEProtection, Élévation, éviter les Anti-inflammatoires, Compression, Éducation
EnsuiteLOVELoad (remise en charge progressive), Optimisme, Vascularisation (activité cardio sans douleur), Exercice

Ce cadre insiste sur deux idées utiles aux combattants : le repos complet prolongé n'est pas toujours la meilleure option, et l'état d'esprit pèse sur la récupération. Il ne s'applique pas seul : le kinésithérapeute ou le médecin dit ce qui est adapté à chaque blessure. Revenir trop vite, c'est souvent se blesser une deuxième fois ; revenir avec peur, c'est un sujet que le guide pour revenir après une défaite aborde aussi.

Sources

  1. Lystad R. P., Gregory K., Wilson J. « The epidemiology of injuries in mixed martial arts: a systematic review and meta-analysis ». Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2014, 2(1).
  2. Patricios J. S. et coll. « Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport, Amsterdam, October 2022 ». British Journal of Sports Medicine, 2023, 57, p. 695-711.
  3. Dubois B., Esculier J.-F. « Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE ». British Journal of Sports Medicine, 2020, 54(2), p. 72-73 (en ligne en 2019).
  4. Wikipédia, articles « Commotion cérébrale », « Fracture du boxeur », « Oreille en chou-fleur », « Entorse ».

Questions fréquentes

Quelle est la blessure la plus fréquente en MMA ?

En compétition, les études montrent que la tête est la région la plus touchée, et que les coupures sont le type de blessure le plus fréquent, devant les fractures et les commotions. La revue de Lystad et coll. (2014) situe la part de la tête entre 66,8 et 78 % des blessures selon les études.

Peut-on reprendre l'entraînement le lendemain d'une commotion ?

Non, pas sans avis médical. Le consensus international d'Amsterdam (2022) décrit un retour progressif en six étapes, chacune durant au moins 24 heures, du simple quotidien jusqu'à la compétition, sous la supervision d'un professionnel de santé. Le contact ne revient qu'en fin de parcours.

Comment éviter l'oreille en chou-fleur ?

L'oreille en chou-fleur est la séquelle d'un hématome du pavillon qui n'a pas été pris en charge. Le port d'un protège-oreilles en lutte et en grappling est une protection possible ; en cas d'oreille gonflée et douloureuse, il faut consulter rapidement plutôt que d'attendre.

Que signifie PEACE & LOVE ?

C'est un moyen mnémotechnique publié en 2019 dans le British Journal of Sports Medicine pour la prise en charge des lésions des tissus mous. PEACE concerne les premiers jours (protection, élévation, éviter les anti-inflammatoires, compression, éducation), LOVE la suite (charge progressive, optimisme, vascularisation, exercice). Il se met en œuvre avec un professionnel de santé.

Une infection de la peau empêche-t-elle de s'entraîner ?

Les infections cutanées (herpès, teigne, infections bactériennes) se transmettent par contact direct sur les tapis. Toute lésion suspecte doit être examinée par un médecin, et l'entraînement au contact suspendu jusqu'à son feu vert, pour soi comme pour ses partenaires.

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